Démarche artistique
Quête forcenée de liberté. Faire ce qu’on veut - vouloir ce qu’on fait. Vivre ses rêves plutôt que rêver sa vie. Le monde est plein de ces affirmations qu'on retourne comme des doigts de gant, qui arrêtent un instant les gens avant de les laisser remonter amers ou fatalistes dans le train de leur vie pas toujours voulue ainsi.
Ma passion pour les vagues m’a fait voyager avec mes pinceaux. Existence nomade rythmée par l’enseignement du surf en été et les vadrouilles entre l’Indonésie, l’Irlande, le Maroc, les Antilles ou Tahiti. Jusqu’alors j’avais surtout peint des scènes stigmatisant les jolis stéréotypes croisés sur la route et véhiculés par la notion d’ailleurs exotiques. Ambition de mes images: aérer la tête des gens qui s’y arrêtaient et les écarteler entre le plaisir simple de la carte postale et l’amusement d’un regard au second degré.
Arrive un moment où la peinture devient urgence : j’ai cassé le rythme. Tout arrêté pour ne plus faire que ça.

Vouloir être libre c’est d'abord ressentir des entraves. Je ne sais pas si je suis aussi libre que je le voudrais, si je suis libre. Juste une question d'amplitude dans la respiration...

UNE PEINTURE DE LA FRONTIERE MATERIALISEE.

La ligne noire. Garde fou pour juguler l’énergie, canaliser la fulgurance, fil rouge pour s’ancrer à la raison. Assumer le savoir-faire différent de l’autodidactisme, affirmer la forme, la touche, les tâches déposées sur la toile. Au lieu de gommer mes faiblesses, je m' emploie à les cultiver.
J e commence par mettre en lumière ces frontières en les matérialisant. Et là je m’aperçois que délimiter, avant d’asservir c’est définir. La ligne qui fait le tour du corps sur la toile est autant là pour délimiter que pour définir. A Tahiti, en faisant le tour avec un feutre noir des tâches de couleurs que j’avais étalées sur mes papiers pour tenter de capturer un peu de la beauté des lagons, je me suis rendu compte qu’elles étaient tout à coup dotées d’un pouvoir de séduction plus important. Je les embellissait.
Sur la toile je peux matérialiser la frontière. Alors qu'en vrai…


REGARDER OU SONT LES BARRIERES POUR NE PAS TOMBER DANS LE PANNEAU.


On dit que peindre c’est désigner. Ma manière de montrer, je la souligne au noir, je cerne au khôl les lumières chaudes que je pose sur les toiles. Limiter des formes comme on désigne des frontières pour les outrepasser. C’est ma solution paradoxale du filet qui enlace la toile et me libère du risque de dérapages incontrôlables.
Ces lignes, c’est aussi le filet du trapéziste . On peut aussi y voir une espèce d’envie de démolition esthétique.
"La peinture est faite de limites. Elle ressemble aux sentiers qui limitent les champs". Nous sommes un paysage et les champs sont nos cellules. De quoi est fait l’ailleurs? Transgresser, aller voir plus loin, idée de poser ses propres règles et s’amuser à en être un hors-la-loi, pour éprouver sa liberté.
Au fond je souhaite sans cesse repousser mes murs internes pour conquérir toujours plus de …liberté? dans mon expression. Et dans la vie compacte, si peu dotée d'issues de secours.

A nous de les créer.